« La joie pour moi c’est le réflexe immédiat pendant le sujet- un sujet qui disparaît. »
Cartier-Bresson


Comment rendre visible l’énergie, toujours changeante, commune à tous les êtres vivants ?

Le point commun principal de tous les êtres vivants sur Terre est qu’ils sont animés grâce à un flux vital, une sorte d’« énergie » évoluant à l’intérieur des êtres. Selon les cultures, cette « énergie » est appelée souffle, force, puissance, anima, vayû, atmâ, tsing, ki…
Cette énergie nous permet de vivre, c'est-à-dire être en constante évolution jusqu’à la mort: l’arrêt total de mouvements.
Notre corps, habité par cette énergie, est un capteur et un diffuseur de lumière, de mouvements et d’émotions. (Comme l’arbre, il épouse la lumière et se déploie pour que sa silhouette évolue dans l’espace.)
Le danseur connaît et travaille le langage du corps, autrement dit, il sait communiquer par le corps : en diffusant sa propre énergie il transmet des émotions, des sentiments, des pensées...
L’action de danser traduit notre énergie et la révèle de façon directe et authentique.
Le sens étymologique de danser est : « se mouvoir de-ci, de-là. »
Il s’agit d’une capacité merveilleuse de notre corps comme celui de marcher, de parler, de chanter, de mettre en image des mots...

Je choisis un paysage en pleine nature, représentatif de cette énergie, forte et lumineuse.
Je choisis comme modèle des danseurs. Ils enchaînent ensemble une suite de mouvements adaptés et influencés par le lieu.
Alors, de cet échange toujours fluctuant, je conserverai une trace photographique.

Par la photographie, je peux figer dans l’éternité cette « énergie » à l’origine de nos moindres mouvements, de ceux de tous les êtres vivants. L’image doit capturer un instant précis : l’harmonie entre les différents sujets en plein accomplissement, le point d’orgue de corps dansant en pleine nature.
Point d’orgue signifie un moment intense au cours d'une action, ce qui défini parfaitement l’objectif de ce travail photographique : capter l’instant de grâce, le moment le plus fort entre les différents sujets en plein accomplissement, avant qu’il disparaisse à nouveau…

Comme dans le travail photographique précédent Détente sèche, dans lequel je captais le millième de seconde précis d’un corps en apesanteur – au plus haut que lui permettait son effort- j’applique le même procédé technique ici. Seul l’appareil photographique peut figer des instants suspendus lors d’accomplissements, d’actions, que l’œil humain ne peut pas saisir dans sa totalité. Je n’utilise pas le mode rafale (où l’appareil enregistre plusieurs images à la suite automatiquement pour obtenir une séquence rapide d’images) où il me suffirait de choisir à la fin l’image qui correspondrait au moment recherché,  mais enclenche manuellement celui-ci.

Ce procédé demande de suivre l’action devant soi avec une précision extrême, si bien qu’on a l’impression de vivre cet effort soi-même.